Manifeste

pour un festin artistique

de débrouilles et d'archives

TEST Début du manifeste

Nous sommes le collectif Fourchefolies.

Nous habitons l’espace rural comme une fuite, comme un refuge, comme une liberté, comme un rêve d’habiter les granges et d’en faire des boîtes noires, comme une chance, comme une safe place, comme un espace nécessaire pour nos paroles tout aussi nécessaires, pour n’avoir plus peur les un·e·s des autres. Nous nous échappons comme la perspective d’un possible où tout peut être dit et où tout peut exister en dehors du réel.



Nous défendons la fête comme un acte de création autant que de résistance. Ivres de retrouvailles, de chaleur humaine et de grandes tablées, nous investissons l’espace au service du divertissement. Nous savons l’urgence de se rassembler et n’arrêterons pas tant que nos libertés de danser, de brûler et de s’aimer seront menacées.




Nous voulons constituer des groupes, pulser des rencontres, mettre en commun des imaginaires et des esthétiques. Nous croyons à notre force pour unir, rassembler et partager. Nous pensons que chaque individu a sa place, artiste ou non, car nous sommes persuadé·e·s que le regard actif est un acte créatif en lui-même. Il n’y pas celleux qui sont regardé·e·s et celleux qui les regardent, seul·e·s des complices actif·ve·s, bruyant·e·s, émancipé·e·s, engagé·e·s et sensibles.





Nous ne prétendons pas tout savoir, être toujours droit·e·s, fidèles ou cohérent·e·s avec nos discours. Nous ne prétendons pas être parfait·e·s dans ce que nous faisons – nous ne finirons jamais d’apprendre. Nous prétendons seulement qu’il existe ici quelque chose que l’on se doit désormais de sauver, de cultiver et de protéger. Nous sommes au service du danger et des filets de sécurité, des tentatives et des ratés, des réussites et des envolées, au service du doute et du bien commun.



Nous accueillerons les plus grand·e·s comme les plus petit·e·s tant que l’acte est révolutionnaire, non pas à l’échelle du monde mais à l’échelle de soi – en nous émerveillant des échelles de chacun·e







Nous refusons par la même de croire qu’il existe une hiérarchie entre les esthétiques et les discours. Nous promulguons des paroles émergentes, non qu’elles n’ont jamais été dites mais qu’elles méritent d’être répétées, appropriées, criées plus fort, chantées, dansées, célébrées. Nous refusons et condamnons tous les discours et les actes de haine et de discrimination qui nuiraient à l’intégrité de l’un·e d’entre nous.



Nous sommes persuadé·e·s que l’humain, le cœur, le sensible, l’art, et toutes les émotions que nous traversons en tant qu’individu, génération, minorités doivent être le centre et le principe même de se réunir, au-delà de la rentabilité. Nous promettons d’être au service de la débrouille. Nous refusons les solutions toutes faites qui assèchent nos imaginaires.





Nous pensons que l’art, qu’importe sa forme, sa plastique, son goût et son message est un accélérateur de sensibilité, d’amour, de joie et de fête. L’acte créatif n’est pour nous pas une finalité mais un principe continuellement mobilisé, au cœur de chacune de nos considérations, sur et au-delà des planches et de la lumière, pour se découvrir totalement présent en ayant été tout à fait ailleurs. Nous refusons de nous laisser emporter par la représentation, la performativité et tout ce qui touche aux limites malsaines de notre regard sur le monde et les autres.


Nous célébrons nos témoignages et nos archives, personnelles et collectives, comme un langage commun. Nous élevons nos voix pour qu’elles existent car nous pensons qu’il est important que ces voix demeurent et que ces récits subsistent - dans un grand festin d’images, de sons, de vidéos, de couleurs, de témoignages vivants, pour un héritage collectif.




Nous osons dire que nous avons été blessé·e·s, heurté·e·s, individuellement et collectivement, et nous refusons aujourd’hui de perpétrer ces violences sans les nommer ni les combattre. Nous n’avons plus peur de décevoir, de ne pas plaire, d’être mal aimé·e·s. Nous avons compris notre force : notre bienveillance et notre résilience. A qui tenterait de les empêtrer, nous n’avons plus le temps de les défendre ni d’essayer de les convaincre.


Nous nous tenons prêt·e·s à partager nos expériences et notre manière si singulière de faire collectif, d’apprendre à résister aux tempêtes, de se tenir toujours ensemble, de se réinventer sans cesse, de se questionner.

Nous croyons que l’intime est politique, que se rassembler est politique, que l’acte créatif est politique, qu’être spectateur·rice est politique, que la parole est politique, que nos relations sont politiques, que tout ce que nous construisons est politique et nous en faisons une force. Nous résistons face aux menaces qui pèsent sur la culture, le bien commun et les espaces expérimentaux et de recherche. Nous ne nous soumettons pas au système et à ses attentes, nous refusons les sourires hypocrites et ne vendrons jamais nos valeurs au service des moyens. Nous voulons promouvoir une jeunesse engagée, enragée pour son bien-être, sa liberté d’imagination et son émancipation, non pour un idéal utopiste mais au service de nos réalités concrètes et de nos quotidiens. Nous avons peur alors nous serons fort·e·s : ils ne prendront jamais nos rêves, nos récits ni nos espoirs.

collectif Fourchefolies,

avril 2025,

(quelque part dans la vallée de Maurienne).

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Drapeau poitevin